© Lauren Deutsch

Stéphane Payen saxophone, composition
Marc Ducret guitare
Sylvaine Hélary flûtes
Dominique Pifarély violon
Jamika Ajalon voix, textes
Mike Ladd voix, textes
Tamara Singh voix, textes

TEASER

Saxophoniste et compositeur, Stéphane Payen vit avec les écrits de James Baldwin découverts pendant son adolescence d’abord à travers « The Fire Next Time », « Just Above My Head » ou encore « Giovanni’s Room ». Plus tard, lors d’une résidence au conservatoire de Dinan en tant que compositeur (2009/2010), il se penche cette fois sur la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 (dont il ébauche une possible mise en musique) et en découvre toute l’ambiguïté et les contradictions. À la même époque, Mike Ladd et Stéphane Payen entament leur première collaboration lors d’une résidence à la Dynamo de Banlieues où ils créeront The Red Light avec les musiciens de Thôt. Au fil des discussions, le compositeur commence à échafauder une possible mise en miroir, une confrontation entre le texte adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 10 décembre 1948 à Paris au palais de Chaillot et des extraits de textes de James Baldwin (âgé de 24 ans au moment de la parution du texte). Les choses se précisent, un projet voit le jour …

Mais tout est remis en question au printemps 2020. Les États-Unis s’embrasent suite à la mort de Georges Floyd, le mouvement Black Lives Matter est sur le devant de la scène. Baldwin en Transit prend toujours plus de sens mais les cartes sont rebattues. Il est impossible de ne pas tenir compte des récents évènements … Stéphane Payen et Mike Ladd décide de transformer le projet initial (un regard sur l’actualité des textes de James Baldwin dans le monde contemporain) en une tribune offerte à la communauté afro-américaine basée en France, toujours en résonance avec les écrits de James Baldwin.

Baldwin en Transit ne se concentre pas uniquement sur les textes en résonance avec la lutte actuelle pour la vie des Noirs aux États-Unis. Il s’agit d’explorer la pertinence de cette lutte dans un contexte international, de se pencher sur qu’il y a à apprendre de l’articulation de toutes les voix noires (et de toutes leurs revendications) à travers les différentes expériences de vie de James Baldwin à l’étranger. Et bien d’autres choses encore …

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« Baldwin en Transit » est une tentative d’aborder le processus, la fabrication, le toujours en devenir, la dynamique de l’éphémère continuelle, la fugacité qui a informé le travail de James Baldwin.
Comment interpréter un corps en mouvement ? Comment traduire du sens en mouvement ?
L’expérience de l’intermédiaire ou de l’entre-deux semble avoir contribué à la pensée devenue œuvre de Baldwin. Entre pays et langues, entre genres et orientations, entre musique et art.
Des allers-retours aussi entre solitude et épanouissement, entre rage et pardon, entre surprise et certitude.
« Baldwin en Transit » c’est un constat, une réponse, et encore des questions. Qu’est-ce que ce va-et-vient, cet appel et cette réponse étrange, la création telle qu’elle émerge — corrigeant, changeant, déplaçant la trajectoire. Ce n’est pas tant les divers états ou points d’existence stationnaire qui demandent de l’attention que l’excentricité réelle et fluide d’un flux constant.
Comment 3 poètes afro-américains basés en France mais habitant la houle toujours changeante de l’Atlantique noir et imprégnés de leurs propres multitudes polyphoniques peuvent-ils s’engager avec des musiciens français tout aussi obligés d’interroger leurs propres points d’aveuglements ? D’Istanbul à New York, de Paris à Saint Paul, de Rufus à Vivaldo, de Chevalier St George à Giovanni, d’Éric à Ida à Leona et vice-versa … et
qu’en est-il de ce qui se passe pendant le transit, la transition, la trance, que se passe-t-il entre ?
Faisant écho au travail de James Baldwin avec divers musiciens de jazz tels que David Linx et Pierre Van Dormael, En Transit est une exploration à travers un autre type de vie d’expatrié, loin des États-Unis. Capables d’ajouter une perspective unique sur notre patrie et ce que cela signifie que de vivre à travers et en dehors des peaux noires, nos explorations visent à
améliorer l’acuité avec laquelle nous pouvons transmigrer.
Nos manières d’écrire et de cracher (le spitting des rappeurs) sont une réflexion de ce processus, nous pratiquons l’inconstance, nous pratiquons ce que nous entendons, nous interprétons constamment en temps réel, que ce soit par le biais de textes improvisés ou de traductions inspirées et libres, des sonorités, des mots et des vocalisés, autant de ce que les
musiciens proposent comme matière tout aussi en expatriation de la composition in situ. En nous écoutant mutuellement, nous fournissons à l’altérité radicale de l’autre un fil sur lequel travailler pendant que nous tissons et cousons ensemble dans la grande tradition afro-américaine. À l’aide de références partagées, d’expériences partagées, de lectures partagées, d’histoires elles aussi partagées nous voici, avec vous, embarqués et en transit.

Jamika Ajalon, Mike Ladd, Tamara Singh